Ce temps lointain où le denier ne contrôlait pas nos pairs,
Où chaque rejeton pouvait compter sur son père et sa mère,
Où l'on ignorait tout de ce qui se cachait au large des mers.
Les ancêtres de Talouda n'agissaient jamais avec calcul,
Ils se reproduisaient sans penser à amasser le moindre pécule.
Pas encore perverti et malgré cette forme ancestrale de sagesse,
Ils ne cherchaient jamais à dépasser leur condition et ses bassesses.
Les rencontres se succédaient dans une indifférence atavique,
Programmés dans une pauvreté de l'esprit génétique et chronique.
Les lutins sont ainsi inlassablement forgés par le Créateur :
Totalement asservis par l'héritage de leur candeur.
Si fortuitement ils croisent le chemin du moindre lettré,
Ils n'entendent pas le message fatalement trop compliqué.
Si par mégarde ils rencontrent un simple badaud,
Ils le prendront inévitablement pour un manchot.
Préférant toujours converser en toute légèreté,
Ils stagneront toujours dans leur médiocrité.
Ils n'en souffriront pourtant pas pour autant,
Conditionnés par un système qui les rend inconscients.
Ce qui a changé le destin de cette nouvelle lignée héroïque,
C'est lorsque Talouda s'est brûlé sur la Chandelle magique.
Erigée à l'entrée du temple aux mille cierges,
Cet El Dorado caché dans les secrets de la forêt vierge.
Cet événement aura changé le cours de ses vies,
De simple peureux il accédait subitement à l'Esprit,
Et si son courage restait au ras des pâquerettes,
Il devenait d'un coup miraculeusement moins bête.
Non pas que la lumière eut envahie l'obscurité de sa conscience,
Juste la faible lueur indispensable qui permet de renverser la tendance.
Motivé à l'idée de se lancer sur le chemin menant à l'érudition,
Talouda connaîtrait un jour la joie de ne plus être un poltron.
Mais pour une exception, combien échappent à l'axiome ?
Combien ne connaîtront jamais la vérité sur les hommes ?
L'instant ne peut être appréhendé comme une vérité figée :
C'est une étape qui nous fait tendre vers une excellence méritée.
Simple lutin tu es, simple lutin tu resteras,
Seulement si tu laisses la flemme guider tes pas.