L'Ange déçu du Verger (Livre I)

Ce matin, un petit farfadet se promenait
Dans les longues allées du grand verger.
Seul, sans maison, affamé,
Le lutin lorgnait sur les fruits colorés.
Gauvin, pommier centenaire
Voulut donner un coup de pouce au jeune solitaire :
D'un coup de branche plein d'habileté
Il envoya une pomme au pauvre farfadet.
Ayant assouvi son besoin de générosité
Le vieil arbre se sentait apaisé.

Ereinté par un voyage éprouvant
Se posa ce midi un joli griffon blanc.
Paniqué, le jeune père
Avait laissé sa famille dans la misère :
Une femme et douze enfants sans nourriture
Perdant leurs forces à toute allure.
Gauvin dit alors au bel oiseau :
« J'ai tout ce qu'il vous faut :
Arrache-moi trois branches touffues
Et ta famille redeviendra joufflue. »
Le pommier au grand coeur insista,
Si bien que le griffon s'exécuta.

Comme chaque soir le jardinier passait
Redonner des forces aux habitants du verger.
Lavage, repassage, essorage :
Il bichonnait les pommiers de tout âge.
Mais comme souvent, le centenaire le repoussa poliment :
Il était occupé à soigner une licorne pleine de sang.
Son épaisse écorce guérissait tous les maux
Le cheval corné pouvait reprendre son galop.
Notre ami arbre se sentait émoussé
Mais tellement heureux d'avoir pu aider.

Bientôt la nuit tomba sur le verger
Quand arriva une délicate fée.
Tous les pommiers dormaient
Sauf Gauvin qui d'un ½il veillait.
La divine créature demanda d'une douce voix :
« Puis-je croquer dans tes pommes rien qu'une fois ?
Tu serais si gentil
C'est une question de mort ou de vie. »
Une mission si simple pour notre sage...
Sauf qu'il n'avait plus de fruits dans son feuillage !
Il avait déjà tout donné
Sans se donner le temps de se régénérer.
La petite fée doucement s'écroula
La mort peu à peu l'habita.
Plein de chagrin, le vieil arbre regardait, impuissant
Son c½ur inconsolable s'éteignit dans le même temps.

Si toute sa vie on veut avoir à donner,
Il faut prendre soin de sa propre personne,
Redorer le réservoir de générosité
Pour éviter que le glas ne sonne.
L'Ange déçu du Verger (Livre I)

# Posté le mardi 15 mai 2007 17:54

Modifié le mardi 06 novembre 2007 09:28

Le Temple aux mille cierges (Livre I)

Le Temple aux mille cierges (Livre I)
Par une fraîche soirée d'automne,
Le troubadour presque aphone
Se mit à raconter à l'assemblée
Une histoire dont il a le secret.
« Si vous me le permettez mes chers disciples
Laissez-moi vous conter mon dernier périple. »

Bravant courageusement la forêt vierge,
J'étais à la recherche du Temple aux mille cierges.
Perdu dans la verdure luxuriante,
Je fis fortuitement une rencontre rassurante.
Bondissant, souriant et agile,
Un petit singe monté sur pile.
Bien sympathique,
Pas très futé,
Mais dynamique :
Plein de bonne volonté.
Par le plus grand des hasards
La bête bête me sortit du brouillard.
Remis sur le droit chemin,
Je repartis en quête du butin.
La boule de poils m'accompagna
Et pour être sûr que je ne l'égare pas,
Le simplet me demanda,
Si nous pouvions nous attacher par les bras.
La corde était suffisamment longue et solide
Pour que l'énergumène puisse s'amuser,
Sauter, bondir, s'agiter
Ou courir comme un bolide.
La jungle était épaisse et dense,
Les arbres touffus et immenses.
Les serpents étaient dangereux,
Les champignons vénéneux.
Mais grâce à mon expérience et mon flair,
Mon courage, ma bravoure légendaire,
Je déjouais les pièges en un instant
Survivant aux péripéties héroïquement.
C'est alors que se profila devant moi
Une bâtisse dorée qui me laissa pantois.
L'Eldorado devenait enfin réel :
Un immense palais aux ressources éternelles.
Puit d'émeraude, mine de rubis,
Pierres précieuses à foison, à l'infini.
Le pactole coulait sous mes yeux,
Je comprenais ce que ça faisait d'être heureux.
Mais en un instant, mon corps fut tiré
Attiré par la corde que j'avais accroché
Pour que le benêt ne se perde point
Il détalait maintenant plus vite qu'un lapin.
Tournant comme une toupie autour d'un palmier,
Tel à un totem je me fis ligoter.
Et là, prisonnier, impuissant,
Le singe me regarda en souriant :
« Merci l'ami de m'avoir emmener ici,
J'avais promis à Monsieur Bubu un nouveau rubis. »

« Voici la piètre aventure que j'ai vécu,
Sur ces quelques phrases, tout le village s'était tu.
Ne vous fiez pas aux apparences,
Méfiez vous du singe qui dort,
Si sa bêtise vous met en confiance,
A la fin, c'est toujours lui qui s'en sort !

# Posté le mardi 15 mai 2007 17:56

Modifié le dimanche 04 novembre 2007 08:05

Les Cinq Piliers (Livre I)

Les Cinq Piliers (Livre I)
Le Vrai monde ne tremble pas
Il ne craint ni le vent ni le froid
Les gouttes de pluie coulent sans s'incruster
Les volcans sont inoffensifs même en activité

Pour comprendre cette surprenant solidité
Regarde en dessous ses subtilités
Si l'édifice est stable
C'est qu'il repose sur cinq piliers indispensables
Chaque pylône puissamment ancré dans le sol
Donne cette incomparable splendeur à notre acropole

Quand la terre rugit
Que l'un des poteaux semble s'écrouler
Lorsque le mauvais temps surgit
Que tout parait désespéré
Notre univers ne tangue pas
Sans sourciller il reste droit

Car si l'un des piliers se fissure
Les autres sont là et le rassurent
Intimement liés
Solide unité
Ils supportent momentanément un peu plus de poids
Pour que le pilastre abîmé retrouve la foi
Le temps que l'orage se rendorme
Pour que l'entité reprenne sa forme

Chaque colonne est différente
Mais chacune reste si importante
Le secret pour que rien ne vacille
C'est l'équilibre qui tous les relie
Aucun pilier n'empêche les autres de pousser
Chacun garde son autonomie, sa liberté

Voilà pourquoi millénaire après millénaire
Notre intimité ne mord jamais la poussière
Si rien ne bouge dans notre maison
C'est qu'elle repose sur de sages fondations.

# Posté le mardi 15 mai 2007 17:57

Modifié le dimanche 04 novembre 2007 08:05

La monnaie au coeur du monde (Livre I)

La monnaie au coeur du monde (Livre I)
I
Thorfu le nain est un soldat,
Un type honnête et droit.
Si on lui donne une tâche,
Jamais il ne s'en détache.
Polyvalent jusqu'au bout des doigts,
Un moral énorme, une immense foi.
Sur la porte de chez lui,
Sur une pancarte il est écrit :
« Sans salaire,
Le nain reste dans sa chaumière. »
II
Le suzerain de la contrée voisine
En fit la priorité pour son usine :
Forger le fer pour l'armurerie,
Poncer le bois en menuiserie.
Chaque jour du mois de Dubor*,
Il veillait à ce qu'arrive à bon port
Un colis recommandé
Où l'or et l'hermine se mêlaient.
Le petit homme campa sur ses positions
Répondant toujours par la négation.

III
Dame Gili reine du désert
Voulait le nain pour son anniversaire.
Elle décida dans un caprice
Qu'il devrait lui rendre tous les services.
Elle lui fit apporter une armure dorée,
Un fidèle et rapide destrier,
Et le nomma propriétaire
De mille mines de précieuses pierres.
Stoïque devant pareille invitation,
Thorfu déclina la proposition.
IV
Une petite tête blonde
Errait seul dans la forêt,
Muni seulement d'une fronde,
Il n'avait pas conscience du danger.
Croisant fortuitement le nain si convoité,
Il lui demanda de l'accompagner
Vers une destination lointaine et inconnue
Lui promettant deux cailloux comme dus.
Touché par la candeur du jeune garçon,
Le nain s'investit hardiment dans sa mission.

On n'achète pas un nain avec des deniers : le c½ur est la plus belle des monnaies...


* Le temps du Vrai Monde est divisé en 8 mois de 32 jours : Arvor, Betor, Cador, Dubor, Eleonor, Facessor, Grafor, Helicor.

# Posté le mardi 15 mai 2007 17:58

Modifié le dimanche 04 novembre 2007 08:06

L'Evasion de l'Albatros (Livre I)

L'Evasion de l'Albatros (Livre I)
L'oiseau vole en toute liberté
L'esprit toujours aéré
Survolant la forêt luxuriante
A la recherche d'expériences innovantes...
A la claire fontaine,
S'en allant promener,
Doulia la petite sirène
Croisa ce compagnon ailé.
Déployant ses plumes majestueusement,
L'albatros buvait tranquillement.
Le doux chant de la sirène envoûtait le bel animal
Le charme de la belle lui était fatal.
Les vives paroles animaient les deux créatures
La sirène si belle, l'albatros si pur.
Séduite par sa légèreté,
Doulia lui proposa un marché.
“J'abandonne mes écailles et la mer
Toi, tes ailes et les airs :
Marchons ensemble sur le chemin
Et cultivons notre jardin ! »

Mais l'oiseau n'était pas dans cette optique,
Même s'il la trouvait fantastique.
Cordialement, il déclina l'invitation,
Subitement la sirène perdit la raison.
Elle saisit un trident acéré
Et dans un geste inconsidéré
Elle trancha les ailes de notre ami
Qui poussa d'horribles cris.

Les plumes tombèrent une à une,
Laissant apparaître une robuste carapace brune.
L'oiseau si noble, si pur,
Se transforma en vile créature.
Dragon au souffle ardent
Brûlant la forêt en un instant.
Le vert paysage idyllique,
Fit place au noir chaotique...
A la claire fontaine
S'en allant promener,
Doulia la petite sirène
Avait tout saccagé...

Il ne faut pas couper les ailes de l'albatros :
Vous le transformerez en dragon.
Perdre la liberté, rien de plus atroce :
Un oiseau ne peut pas survivre en prison...

# Posté le mardi 15 mai 2007 18:00

Modifié le dimanche 04 novembre 2007 08:07