Danse nocturne (Livre II-IV)

Blotti tout au fond de son lit,
Petit Jean s'apprête à démarrer sa nuit.
Tout juste âgé de six ans
Il voit encore le monde comme un enfant.
« Cela fait cent fois que je lui répète de ne pas s'éloigner !
J'en ai marre de ton petit effronté ! »
La sempiternelle querelle résonne inlassablement :
Sûrement le seul lien qui unit encore ses parents.
L'homme au casque d'acier ne supporte plus
Sa femme au bonnet rouge qu'il ne reconnaît plus.
Petit Jean, perturbé, voudrait ouvrir les yeux
Mais il sait qu'il doit rester avec Morphée dans le Royaume des Cieux.
De toute façon, papa et maman sont très heureux :
Le sommeil va venir : pas besoin d'être soucieux.
« Ce bébé n'aurait jamais du naître !
Tu sais très bien comment va devenir ce petit être !
Il faut faire disparaître au plus vite ce nourrisson
Il est temps que nous revenions à la Raison.
Organisons une milice pour l'enlever
Et franchir la porte en bas de l'escalier. »
Quelques vieux elfes capuchés semblent avoir perdu leur calme habituel
Et se destinent à commettre un acte criminel.
Petit Jean repousse les couvertures
Encore ces noires pensées qui le torturent.
Il sait qu'il doit trouver un sommeil apaisé
Sinon son maître va encore le gronder.
« Si tu connais la Réponse, dis-la moi !
Arrête d'être de mauvaise foi !
Tu ne sais rien, comme à l'accoutumée
Tes parents ont vraiment de quoi s'inquiéter ! »
Les petits yeux perfides du professeur ne le lâchaient pas.
L'élève agacé ne savait même plus ce qu'il faisait là.
Résigné, il allait subir l'inéluctable châtiment
Quand le son électrique du réveil le sauva violemment.
Sa maman lui caressait affectueusement la frimousse
Et déclara de sa petite voix si douce :
« Bonjour mon chéri,
As-tu bien dormi ? »

# Posté le vendredi 08 juin 2007 01:14

Ecole buissonnière (Livre II-V)

Un grand besoin de liberté à satisfaire
Le jeune lutin passa par la porte de derrière.
Le village n'était plus assez grand pour lui,
Il n'avait plus les mêmes envies que lorsqu'il était petit.
Ses aînés l'avaient pourtant averti de ne pas aller trop loin :
Ils lui avaient enseigné ces principes avec le plus grand soin.
La mission qu'il s'était fixé pour sa journée :
Traverser la forêt pour en découvrir ses secrets.
Les mystères étaient devenus trop nombreux pour notre héros :
Il voulait pouvoir discerner le Vrai du Faux.
Il pénétra dans le bois plein d'aplomb
Mais il tourna bien vite en rond.
« Tu as l'air dans de beaux draps :
Veux-tu que je guide tes pas ? »
Le large sourire de la petite fée pimpante
Allait si bien avec sa douce voix chantante.
Sautant sur une occasion qui ne se présente pas deux fois
Le lutin fut cependant bien vite glacé d'effroi.
Il se retrouvait seul face à une large pierre
Qui indiquait « N'entrez pas dans le cimetière. »
Le curieux ne put évidemment pas résister à la tentation,
Satisfait de la tournure que prenait son expédition.
Il constata bien vite que l'endroit ne présentait aucun tombeau,
On distinguait néanmoins des milliards d'écriteaux.
Le lutin se mit à les lire de ses yeux ébahis.
« Jean-Pierre Martin (Lineus), elfe, 7ème vie »
Chaque pancarte résonnait en lui lorsqu'un cri terrible vint briser le silence.
Le gardien des lieux reprenait le contrôle avec violence.
Notre jeune explorateur détala comme un lapin
Comme s'il était pris la main dans le sac en plein larcin.
En plein rêve, il fut bien vite ramené à la réalité :
La monotonie des lieux l'avait égaré.
La menace de la bête devenait de plus en plus présente,
Son odeur nauséabonde se rapprochait de manière oppressante.
Le lutin cherchait à voir au loin les arbres de la forêt,
Il invoquait désespérément sa douce fée...
Mais bientôt, un terrible choix allait décider de sa vie :
Devait-il descendre l'escalier qui se présentait devant lui ?

# Posté le samedi 09 juin 2007 01:45

Histoire de Troubadour (Livre II-VI)

Le feu valsait chaleureusement,
La convivialité crépitait paisiblement
Le Village tout entier réuni se montrait impatient
D'écouter une nouvelle histoire d'un troubadour errant.
« Galéron était aigri et malade,
Il répétait inlassablement qu'il avait compris la mascarade.
Un jour, il prit son courage à deux mains
Et partit, dit-il, pour le Royaume des Anciens.
Il revint dès la tombée de la nuit
Animé d'une inhabituelle énergie.
Tous ses proches ne le reconnaissaient plus
On aurait dit que la maladie avait disparu.
Chaque jour, le miraculé voyait la vie de mille et une merveilles
Mais au bout d'une semaine, Galéron mourut dans son sommeil.
Sa femme vécut plusieurs jours de désespoir
Malheureuse puis perplexe, elle voulait savoir.
Elle reprit donc l'itinéraire qu'avait concocté son mari
Avec la ferme intention de découvrir ce qu'il avait subi.
On ne la revit plus avant le mois suivant,
Le Village s'était déjà organisé pour recueillir ses enfants.
Et quand un beau matin elle réapparut enfin
Elle semblait avoir pris vingt ans au moins.
On se rendit vite compte que sa langue avait été arrachée,
Ses mains sectionnées à la hache au niveau des poignets.
Une fièvre assommante sclérosait chaque bon moment
Et le triste calvaire dura indéfiniment.
On dit que son aîné est parti rapidement se venger,
On aurait juste retrouvé son crâne cruellement scalpé
Accompagné d'une pierre blanche portant ce message :
« Ne revenez plus : mettons fin au carnage. »
On dit aussi que le cadet était plus réfléchi
Mais tout autant attaché aux restes de sa famille. »
La voix basse et calme donnait au récit une dimension dramatique,
Les plus jeunes villageois tremblaient de panique.
Et même si la soirée se conclut par un festin copieusement arrosé
La triste histoire était gravée dans la conscience de tous pour l'éternité.
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# Posté le dimanche 10 juin 2007 02:48

Parenthèse romantique (Livre II-VII)

Parenthèse romantique (Livre II-VII)
Une petite nappe rouge étalée sur un coin pas trop humide,
Un jeune lutin attentionné courtisant une naine bien trop timide.
Deux souches d'arbres en guise de sièges confortables,
Des mets confectionnés avec une attention remarquable.
Les deux tourtereaux étaient au stade où l'on est encore sage,
Ils profitaient du soleil,isolés au c½ur des marécages.
Toute leur conversation avait lieu au plus profond de leurs yeux,
Les regarder transpirer le bonheur faisait tellement d'envieux.
Les nombreux monstres redoutables peuplant les alentours
N'osaient pas se frotter à cette épaisse carapace d'amour.
Quand le copieux mais délicat repas fut achevé,
Le petit couple partit vers le sud pour se promener.
La naine si convoitée n'avait jamais remarqué que le marécage était si vert,
Pourtant, elle y venait souvent cueillir des herbes pour son alchimiste de père.
Ses parents lui répétaient toujours de ne pas trop s'éloigner,
De se méfier des serpents, wyverns et basilics aux aguets,
Et aujourd'hui, elle virevoltait en voyant les papillons en goguette,
A chercher des trèfles à quatre feuilles dans les champs de pâquerettes.
Les deux amoureux atteignirent bientôt le pied de la Montagne aux 2 sommets.
Ils arrivèrent devant un autel entouré par d'étranges rochers.
On distinguait le mot « METH » sur chacun d'eux,
Ce qui donnait un côté énigmatique à ces lieux.
Le lutin mit un genou au sol devant sa dulcinée au paradis :
« Houka, acceptes-tu d'être ma femme pour toute la vie ?
Pour te prouver à quel point tu me combles de bonheur,
Je te promets de venir m'occuper chaque jour de cette fleur. »
Et dans cette merveilleuse scène de totale osmose,
Le galant gaillard sortit de son sac une fort jolie rose.
Les larmes ruisselaient sur les joues de la damoiselle,
Elle venait de dire oui à la complicité éternelle...
Tout son corps avait frissonné pour la première fois,
Elle qui avait toujours refusé de ressentir de la joie.
Ils filèrent tout deux bronzer sous leur lune de miel,
Avec plus d'étoiles dans les yeux que ne peut contenir le ciel.

# Posté le lundi 11 juin 2007 01:13

Coupures de presse (Livre II-VIII)

Coupures de presse (Livre II-VIII)
La fumée de cigarette avait fini d'envahir la pièce,
Comme chaque soir, l'inspecteur Danéo peaufinait sa revue de presse.
Un psychologue à la mode énumérait les quelques pathologies
Que causait la perpétuelle manipulation subie par notre esprit.
Un expert en la matière pourrait contrôler la vie de personnes influençables,
Les faire basculer subtilement vers une morte lente et misérable.
Ainsi guidée, la victime se sentait dotée d'une incroyable puissance,
Sans se rendre compte de la fragilité liée à cette éphémère apparence.
L'inspecteur vint coller cet article qui à coup sûr agiterait son sommeil,
Comme le crime terrible qui l'avait tourmenté la veille.
En effet, un tueur en série accomplissait rituellement sa mission :
Pour la huitième fois, il avait sauvagement kidnappé deux poumons,
Laissant sa victime s'éteindre dans d'atroces souffrances,
Terrassée par une nouvelle pulsion de violence.
Danéo vivait seul depuis quelques années,
Depuis que sa femme l'avait surpris en train de la tromper.
Il s'était bien vite consolé avec une bouteille de whisky
Et comptait sur son travail pour donner un sens à sa vie.
Jour après jour, il cherchait à découvrir un génial secret,
Même s'il ne savait pas vraiment après quoi il courrait.
L'auteur habituel des horoscopes journaliers
Avait écrit aujourd'hui une chronique qui le passionnait.
Il se proposait d'étudier un panel de jeunes élèves,
Afin d'expliquer d'où provenaient leurs rêves.
Il développait des théories relatives à différentes croyances,
Etablissant des liens sur ce qui anime notre conscience.
Pendant que notre héros solitaire lisait avec passion,
Il oubliait que sa vie manquait cruellement d'animation.
La lumière de la piaule toussotait capricieusement,
Le ménage n'avait pas été fait depuis fort longtemps.
Il finit par s'endormir sur un article des plus farfelus :
Deux membres d'une secte affirmaient avoir vu
Une licorne s'abreuvant au bord d'un étang
Et qui prit la fuite apeurée par un léchy évanescent.
Dans quel monde pouvons-nous bien vivre,
Pour trouver tant de personnes en plein déséquilibre ?
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# Posté le mardi 12 juin 2007 01:21