Retraite méritée (Livre II-IX)

C'était le jour où il devait rester perché en haut de la tour,
Prêt à faire ronronner son cor si un visiteur approchait du bourg.
Le dos à peine courbé par un carquois de flèches en argent,
Le guetteur tenait son arc, prêt à dégainer à tout moment.
L'épaisse palissade entourant ce lieu mystérieux
Avait été subtilement construite par de lointains aïeuls.
Comme chaque soir, le coq poussa le cri annonçant le réveil,
Des dizaines d'elfes furent tirés de leur profond sommeil.
Petit à petit, tous sortaient courageusement de leur hutte en bois,
Prêt à accomplir le labeur que leur demandait quotidiennement leurs « rois ».
Les plus jeunes allaient s'instruire dans le grand bâtiment vert,
Une immense bibliothèque qui contenait la mémoire de ces terres.
Tous ces grimoires étaient écrits de la main des Anciens,
Seul un être sage pouvait déchiffrer ces parchemins.
Deux elfes sortirent d'un chapiteau noir et blanc,
Aussitôt remplacés par deux autres coiffés d'un turban.
A l'écart des habitations, un puits imposant semblait asséché ;
Malgré les apparences, il pouvait être d'une grande utilité.
La petite communauté vivait ainsi en autarcie,
Les fréquentes chutes de neige semblaient apaiser le moindre conflit.
Chacun acceptait de travailler selon son rôle,
La sérénité permettait aux habitants de toujours rester sous contrôle.
Parfois, on fêtait l'arrivée d'un nouvel arrivant,
Qui avait réussi à prouver qu'il était suffisamment méritant.
L'excellence ne pouvait être réservée qu'à une minorité infime,
Ici, il était hors de question de vulgariser le sublime.
L'erreur était autorisée mais limitée à une,
Sinon le couperet tombait dans une violence peu commune.
Pour vivre dans ce lieu il fallait accepter de mourir,
Pour profiter de cette vie, il fallait savoir subir.
Pour la deuxième fois de la journée, on entendit le son du cor :
L'intrépide voyageur allait bientôt connaître son sort.
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# Posté le mercredi 13 juin 2007 15:06

Quel vie de nain ! (Livre II-X)

Konan passait laborieusement ses journées à travailler,
Le nain aurait bien eu besoin d'un peu souffler.
Il dormait de moins en moins longtemps,
La migraine le frappait de plus en plus souvent.
Par nature, il ne devrait pas connaître ce genre de sentiments,
Mais il a fini par subir l'érosion du temps.
Il n'avait pourtant pas gardé beaucoup de stigmates de son enfance,
Il s'était épanoui comme de coutume pendant son adolescence.
Un petit lutin femelle était tombé dans ses filets,
Ils avaient vécu heureux pendant de nombreuses années.
Chaque jour, quelles que soient les conditions atmosphériques,
Ils arrosaient leur fleur qui rendait leur relation si magique.
Mais les longues soirées d'hiver firent peu à peu leur effet :
Malgré la naissance de leur fils, les deux parents s'ankylosaient.
Trop occupés par le travail à la mine,
La rose délaissée avait commencé à crier famine.
A force de ne plus prendre le temps d'aller à la Serre,
Leur amour était devenu de moins en moins sincère.
Ils avaient fini par mettre un terme à leur union,
Même si leur enfant avait très mal vécu la séparation.
C'est ainsi que Konan le Nain s'était retrouvé seul,
Il dépensait sa vie, toujours vêtu du même linceul.
Tel un métronome, il se levait aux aurores,
Pour creuser dans l'espoir de trouver de l'or,
Des pierres précieuses, toutes sortes de richesses
Pour que le Village puisse vivre dans l'allégresse.
Comme tout à chacun, il s'était mis au service de la société,
Mais la routine l'avait contraint à s'oublier.
Comme la plupart des nains, c'était un travailleur émérite,
Il pointait à la mine sans espérer la moindre pépite.
Courageux esclave indispensable à un Monde au c½ur de pierre,
Il ne se rendait même pas compte à quel point il vivait dans la misère.
Conçu pour être asservi sans songer à la rébellion,
Konan avançait consciencieusement comme un mouton.

# Posté le dimanche 12 août 2007 02:38

Promenade champêtre (Livre II-XI)

Promenade champêtre (Livre II-XI)
Leur longue cape rouge dissimulait même leur visage,
Ces mystérieux personnages cherchaient vainement leur passage.
Sûrement perturbés par le caractère inhabituel de la situation,
Ils s'étaient lancés passionnément dans de vives discussions.
Les habitants du village pensaient que tout cela était terminé,
Mais ce matin-là, ils furent horrifiés de découvrir que tout avait recommencé.
Le petit groupuscule avait pourtant l'habitude des promenades dans les bois,
Mais ils commençaient à se sentir traquer comme des proies.
Ils savaient qu'il n'était pas bon de traîner dans ce lieu,
Ils étaient suffisamment intelligents pour savoir à quel point c'était dangereux.
Et dire que les bêtes avaient été placées là par les plus vieux
Justement dans l'optique de décourager les curieux.
Les bourrasques de vent s'engouffraient dans l'épais feuillage :
On sentait vraiment qu'une présence élémentaire traînait dans les parages.
« Mon bébé, pourquoi ont-ils pris mon bébé ? »
Au village, la jeune lutine sanglotait.
Pas assez instruits pour en comprendre les raisons,
La confrérie des lutins se retrouvait en pleine lamentation.
Le couffin solidement harnaché sur le dos de Linéus,
Le cortège paniquait de plus en plus.
S'ils avaient maladroitement réveillé les léchys,
Ils savaient pertinemment qu'ils y laisseraient la vie.
La milice faisait confiance au guide de l'excursion
Pour les rallier au point de chute de l'expédition.
Ils poussèrent un grand soupir de soulagement :
Ils avaient trouvé l'issue de ce bois menaçant.
L'enfant n'avait jamais demandé à naître à cet instant précis,
C'était pourtant l'unique cause qui l'avait mené ici.
Tout s'était finalement déroulé comme prévu,
L'innocent allait pouvoir être descendu.
L'une des créatures à capuche prit le bébé
Et franchit la porte en bas de l'escalier.
Une heure plus tard, l'elfe ressortit seul, imperturbable.
Au Village, une famille faisait son deuil, inconsolable.
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# Posté le lundi 13 août 2007 03:29

La tête dans les étoiles (Livre II-XII)

Tout n'était pas rose : il fallait qu'elle se ressource,
Avec son compagnon elle recherchait la Grande Ourse.
On aurait pu croire que c'était son amant,
Elle mentait à son mari de plus en plus souvent.
Il ne pouvait d'ailleurs pas surveiller ses faits et gestes :
Il dévorait tellement son job que le quotidien était devenu indigeste.
En patientant dans la file d'attente d'une cartomancienne,
Elle avait tout de suite été séduite par ce jeune homme avec la petite chienne.
Ils s'étaient trouvé bien vite bon nombre de points communs,
Ils avaient pris l'habitude de refaire le monde jusqu'au petit matin.
Même si leur relation restait pour le moment platonique,
Ils partageaient tant de moments uniques.
Le jeune homme d'habitude si volage
Avait enfin trouvé des raisons de rester sage.
Ils concevaient la vie avec la même poésie,
Ils avaient les mêmes goûts, les mêmes envies.
Le couple interdit scrutait le ciel étoilé avec passion,
Ils étaient avides de profondes révélations.
Nous n'étions pas seuls, ils en étaient sûrs,
Comme le chien, ils cherchaient leur pâture.
Ils regardaient ensemble le ciel d'un ½il complice,
Ils étaient certains que les étoiles allaient leur donner des indices.
Les paroles de la voyante les faisaient sans cesse réfléchir
Ils voulaient avancer dans leurs réflexions avant de mourir.
Ils ne savaient pas réellement après quoi ils cherchaient,
Mais ils aimaient confronter leur vision de la destinée.
Ils regroupaient leurs théories dans une complète synergie,
Leur fusion formait un formidable générateur d'énergie.
Un peu de fraîcheur dans ce monde sans tête,
Lui donner du sens : telle était leur quête.
La chaleur des émotions les protégeait de la fraîcheur de la nuit,
L'humidité de la rosée laissa bientôt place à des trombes de pluie.
Il était l'heure de revenir à la raison,
Il était l'heure de rentrer à la maison.
Sur le chemin spirituel, le voyage était tellement attrayant,
Que la jeune femme en oubliait presque son mari et son enfant.

# Posté le mardi 14 août 2007 03:05

Cherche passeport pour le Nord (Livre II-XIII)

Ils aimaient tant se retrouver chaque soir,
Pour jouer avant que le village ne soit plongé dans le noir :
Trois petits lutins unis par les liens sacrés de l'amitié,
Tous différents mais impossibles à séparer.
Celui que l'on surnommait l'orphelin affichait un mental de fer,
Mais son voisin de chaumière, Akryon, était plus téméraire.
Le dénommé Talouda, quand à lui, n'était qu'un peureux,
Mais il pouvait se vanter d'avoir été face à « eux ».
« Il faut que l'on développe intelligemment nos vérités,
Les pièces du puzzle commencent doucement à s'assembler.
Je suis certain que la masse de pierre n'était qu'une marionnette,
Qu'un des elfes noirs la contrôlaient comme s'ils les menaient à la baguette.
Ce sont des êtres manipulateurs qui ont le droit de vie ou de mort
Sur les petits esprits à qui ils font croire qu'ils sont les plus forts.
Leur corps ne reçoit même pas l'honneur d'être brûlé,
Ils finissent en statue près de la Montagne aux deux sommets.
J'ai vu ces blocs inertes lorsque je m'y promenais avec Houka,
Ça peut coïncider avec ce que tu as découvert l'autre fois ? »
Son monologue terminé, l'orphelin s'adressait à son voisin,
Le jeune inconscient qui avait fait peur à tous les lutins
Le jour où il avait disparu pour explorer les bois,
Mais qui en était finalement revenu, adulé comme un roi.
« Il est clair que le sort que le Tout-puissant réserve à ses créatures
Est différent selon leurs actes et leurs natures.
Il semble que certains subissent les flammes du grand incinérateur
Mais un grand nombre n'a même pas cette fleur. »
Talouda ne parlait pas beaucoup
Il prenait parfois ses amis pour des fous.
« Mon père répétait souvent qu'il avait compris,
Que même si elle resterait inconnue nous avions une autre famille. »
L'orphelin ne cessait jamais de vouloir réunir les morceaux,
Partir aujourd'hui vers le Nord était encore trop tôt.
Il commençait néanmoins à comprendre les ritournelles de son feu père :
Il avait déjà éclairci une bonne partie du mystère.

Cherche passeport pour le Nord (Livre II-XIII)
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# Posté le jeudi 16 août 2007 11:52