Paroles de la mer (Livre II-XIV)

Hostius le nain pécheur était perdu dans ses pensées,
Comme chaque soir, il réparait machinalement ses filets.
Le bruit des vagues berçait ses souvenirs,
Tant d'épopées marines où il aurait pu périr.
Il pourrait faire son intéressant,
Mais il se contentait de faire son travail consciencieusement.
Pourtant, ses voyages en mer lui avaient tant appris :
Il aurait même pu écrire un livre de géographie.
Beaucoup de monde s'en doutait un peu,
Une île se trouvait à quelques lieues.
Il ne s'était jamais permis d'y accoster :
Il ne voulait pas fâcher ceux qui l'occupaient.
Il avait déjà subi la foudre de poissons aux dimensions surnaturelles,
Sa jambe gauche boîteuse en gardait encore quelques séquelles.
Parfois, il avait sorti des profondeurs de l'eau d'antiques trésors,
Contenant bien plus de richesses que mille et une pièces d'or.
Quelques manuels dont les Anciens n'avaient pas eu connaissance :
Il avait préféré les confier à une personne digne de confiance.
La Censure sévissait sur ce genre de grimoires
Pour ne pas donner à tous le droit de savoir.
Un jour, une sirène avait tenté de lui faire son numéro,
Il avait même été jusqu'à la faire monter sur son bateau.
Elle lui avait raconté toutes sortes de choses,
Mais Hostius avait su ne pas tomber dans le pot aux roses.
Selon elle, toutes les créatures qui peuplaient cette île
Avaient été contraintes de partir en exil.
Elle avait également parlé de trois cercles formés dans le sable
Qui possédaient des pouvoirs magiques inégalables.
Mais le Nain savait qu'il fallait en prendre et en laisser,
Que tout cela ne devait pas le détourner de ses priorités.
La Vérité majeure était ailleurs :
Il devait rester concentré sur ses valeurs.

# Posté le dimanche 19 août 2007 16:10

Potion magique (Livre II-XV)

Potion magique (Livre II-XV)
Comme de coutume, elle venait lui ramener des herbes et des champignons :
Son père en avait besoin pour mijoter sa dernière potion.
Une mixture destinée à faire parler les animaux
Venant s'ajouter à d'autres breuvages toujours plus originaux.
Il devait encore attraper un homme pour le vider son sang,
Il n'avait cependant pas vu cet animal extraordinaire depuis fort longtemps.
La majorité du Village lui prêtait les pires vices
Mais si l'illustre alchimiste disposait de tant de lutins à son service,
C'était avant tout pour diffuser le bien,
Même s'il pensait avant tout aux siens.
Tout le monde lui mettait la mort de Galéron sur le dos,
Mais le miraculé s'était éteint de vieillesse dans son lit bien au chaud.
Les villageois n'avaient pas encore saisi
Qu'il donnait juste de la poudre aux yeux pour guérir les maladies.
Houka avait du mal à contenir ses larmes ce matin :
On venait d'apprendre l'assassinat de Konan le Nain.
Encore l'une des bêtes qui sévissait dans les souterrains
Et qui se servait goulûment lorsqu'elle mourrait de faim.
L'alchimiste était un nain mystérieux
Il maîtrisait l'eau, la terre, l'air et le feu.
Il ne racontait jamais ce qu'il faisait,
Même pour sa fille, son passé restait secret.
Jadis il était pourtant parti vers le Nord
Pour couronner tant d'années d'efforts.
Depuis il attendait que son heure sonne
Devant tous les interrogatoires il restait aphone.
Il regrettait de ne pas mourir,
Il espérait tant pour son avenir.
Le Monde n'avait plus de mystères pour lui,
Il disait vouloir connaître le « Paradis».
Il avait élevé son niveau de recherches tellement haut,
Que les elfes l'avaient autorisé à pénétrer sous le chapiteau.

# Posté le vendredi 24 août 2007 03:34

Noces de chrysanthèmes (Livre II-XVI)

C'était la plus belle femme qu'il n'avait jamais connue,
Aujourd'hui ils s'étaient perdus de vue.
Les disputes avaient laissé place à l'indifférence,
Leur union avait atteint l'apogée de la décadence.
Les préliminaires avaient pourtant été palpitants,
Ils étaient si heureux le jour où était né Petit Jean.
Ils avaient vécu tant de moments fantastiques
Quand ils se bécotaient sur les bancs publics.
Mais aujourd'hui ils ont oublié ces souvenirs,
Ils vivaient pour le meilleur, maintenant c'était le pire.
Quand les petits gestes sont de moins en moins présents,
La passion s'évapore au fil du temps.
C'était jadis le plus attentionné des maris,
Mais il a du redoubler d'efforts à la boulangerie.
Il était devenu agressif envers sa moitié,
Leur fils en payait souvent les pots cassés.
L'avenir est morose pour celui qui se lève tôt,
Le travail l'avait mis derrière les barreaux.
Il avait perdu sa vie à la gagner,
Elle en avait marre de juste se croiser.
A force de se sentir seule, elle avait trouvé de la compagnie,
Elle commençait désormais une seconde vie.
Elle se sentait renaître lorsqu'il la serrait dans ses bras,
Son romantisme avait fait les meilleurs dégâts.
Petit Jean était fort affecté par cette pagaille,
Mais pour les parents, ce n'était qu'un détail.
Madame était partie pour une nouvelle aventure,
Monsieur allait de déconvenue en déconfiture.
Il s'était réfugié un peu plus encore dans son travail,
Il ne voulait pas montrer aux autres qu'il avait des failles.
Encore une belle histoire d'amour qui se termine en queue de poisson,
Un stigmate gravé à vie dans le c½ur de ce petit garçon.

# Posté le samedi 25 août 2007 05:54

Monochrome (Livre II-XVII)

La pleine lune éclairait le ciel avec douceur,
Cercle parfait décorant la nuit et sa noirceur.
Un grand elfe blanc arborait fièrement sa pureté vierge,
On croyait en lui comme lorsqu'on allume un cierge.
C'était le preux chevalier qui défend les innocents,
Le modèle auquel aimeraient ressembler tous les petits enfants.
Ses flèches pouvaient transpercer n'importe quelle matière,
Pour la justice il n'hésitait jamais à croiser le fer.
Il possédait une grande dose de sagesse
Et s'en servait pour répandre l'allégresse.
Il pouvait lui arriver de faire de mauvaises choses,
Mais c'était toujours pour servir une noble cause.
Ce qu'il savait ne pouvait être transmis
Qu'à ceux qui avaient déjà compris.
Tant de temps pour appréhender ce qui lie chaque personne,
Chercher les indices rend la vie tellement moins monotone.
Son frère ennemi est si différent,
Exprimant une violence sans précédent.
En un instant, l'elfe noir transforme l'or en plomb,
Il raffole de mettre en cage les papillons.
Il utilise son savoir pour faire du mal à autrui,
Il se plaît à répandre la tristesse autour de lui.
Le jour où il a compris la vérité,
Il s'est senti tellement berné
Qu'il a décidé de se venger sans compassion,
Il a signé un pacte avec le démon.
Lorsqu'il semble agir avec sympathie,
C'est qu'il cherche à corrompre les petits esprits.
Parfois, il vaut mieux ne pas être trop intelligent :
On a tendance à s'ennuyer plus rapidement.
Quiconque saura se montrer assez savant
Aura la lourde tâche de choisir son camp.
Eternel combat opposant une même race,
Chaque jour se déroule un énième face-à-face.
Lorsque l'on naît elfe ou gobelin ce n'est pas un hasard,
Le passé finit toujours par ressurgir quelque part.
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# Posté le lundi 27 août 2007 02:57

Chasse à l'homme (Livre II-XVIII)

Une nouvelle fois, le Village était en ébullition :
Un badaud avait encore du être sujet à des hallucinations.
Comme d'habitude, il en était certain :
Ce lutin affirmait avoir vu un humain.
Dans le Sud, près de la Cascade enchantée,
Il aurait aperçu un humain tentant vainement de se cacher.
La population était en train d'organiser une battue,
Personne ne mettait en doute la parole de cet huluberlu.
Tout le monde voulait avoir la grande primeur,
D'attraper dans ses filets cet animal de malheur.
Les pires légendes circulaient sur les humains,
Certains disaient même qu'ils étaient plus pervers que les gobelins.
Les elfes, plus réfléchis, répétaient que ce n'était que pure élucubration,
Que ces rumeurs relevaient exclusivement de l'imagination.
Les méchants monstres venaient hanter les plus jeunes du Village,
On racontait ces histoires pour que les enfants restent sages.
Il existait néanmoins de nombreux crédules
Qui voulaient capturer la bête avant le crépuscule.
Les plus courageux s'étaient regroupés,
Presque toutes les races étaient rassemblées :
Tous unis contre l'ennemi commun,
Ils en avaient oublié leurs heurts quotidiens.
Un nain croyant avait pris les commandes,
Il voulait offrir au Créateur une offrande.
Il était persuadé qu'ainsi il obtiendrait le Pardon,
Le jour où le trépas l'emmènerait dans les bas-fonds.
La petite armée pris le chemin du sud vers la Cascade,
Là où ils allaient tendre une vicieuse embuscade.
Cette scène se reproduisait assez régulièrement,
La dernière fois remontait à environ cent ans.
Les villageois avaient beau multiplier les fouilles,
Ils étaient toujours rentrés bredouilles.
Chasse à l'homme (Livre II-XVIII)
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# Posté le mercredi 29 août 2007 09:53